Une théorie révolue : l’histoire des Méga-doses de vitamine C

Une théorie révolue : l’histoire des Méga-doses de vitamine C

Les bienfaits de la vitamine C ont fait l'objet de nombreux fantasmes et avec eux, l'idée que des Méga-doses seraient plus utiles à l'organisme. Pourtant cette théorie n'a jamais été validée scientifiquement, contrairement à ce qui a été longtemps imaginé.
La Vitamine C : l’anti-âge n°1 pour la peau Vous lisez Une théorie révolue : l’histoire des Méga-doses de vitamine C 9 minutes Suivant L’importance de la vitamine D chez le bébé et l’enfant

Dans les années 1960, 1970 une théorie américaine prônant l’intérêt des méga doses de vitamine C s’est développée et durablement installée dans les esprits et les pratiques.
Et ce d’autant plus que son promoteur principal, le Professeur Pauling, avait obtenu deux prix Nobel pour ses travaux précédents.

Les Méga-doses de vitamine C devaient non seulement éliminer les rhumes et autres pathologies courantes, mais aussi diminuer l’incidence des cancers et prolonger significativement la durée de vie.

Aucune de ces intuitions n’a été confirmée scientifiquement mais les intérêts commerciaux, particulièrement aux USA où cette théorie a fait exploser les ventes de vitamine C, ont su pendant de nombreuses années minimiser les contradictions nuisibles au ‘business’.

Nous en résumons l’essentiel dans les lignes suivantes.

Une particularité de la vitamine C : l’homme ne peut la synthétiser

Après la découverte et l’isolation de l’acide ascorbique, la vitamine C a fait l’objet de nombreuses études.
Celles du Pr Lehninger en 1957 ont montré que l’homme et quelques autres mammifères* ne peuvent pas produire la vitamine C, contrairement à la plupart des animaux.
A la suite d’une mutation génétique ancestrale, leurs cellules sont dépourvues d’une enzyme clé pour la biosynthèse de l’acide ascorbique.

De ce fait, l’acide ascorbique est pour l’homme une vitamine. C’est un micronutriment qui doit être apporté par l’alimentation.

A cette époque, la question de la dose adéquate restait en suspens. On savait que de très petites quantités (10 mg par jour) étaient suffisantes pour prévenir et même guérir le scorbut, mais les apports optimaux n’étaient pas encore définis.

*(principalement des primates : gorilles etc., mais aussi cochons d’inde et chauve-souris)

Les Méga-doses de vitamine C : théorie sous influence commerciale ?

A la fin des années 60 aux USA, les visions convergentes de deux hommes, vont donner corps à une théorie en faveur des Méga-doses de vitamine C.

Le premier était Le Pr Linus Pauling, double prix Nobel de médecine et le second Irwin Stone, un biochimiste travaillant dans un laboratoire de production d’acide ascorbique qui connaissait bien ses propriétés antioxydantes pour les usages d’additif alimentaire.

Pauling publia en 1970 le livre « la vitamine C et le rhume commun », recommandant des doses d’au moins 3 grammes par jour. Il n’hésitait pas à consommer lui-même jusqu’à 18 grammes par jour dans un espoir de longévité.

Le résultat de cette publication fut spectaculaire sur les ventes de vitamine C aux USA, multipliées par 10 en quelques mois !

Pauling et Stone ne s’arrêtèrent pas au rhume. Progressivement ils élargirent le champ des vertus des Méga-doses de vitamines C aux cancers, à la longévité, au décollement de la rétine, et même au SIDA qui commençait ses ravages.

Et même si les démonstrations scientifiques manquaient, la crédibilité du Pr Pauling et les espoirs suscités par ces bienfaits miraculeux faisaient tous les jours de nouveaux adeptes…Et des ventes de Vitamine C toujours en hausse !

Le Pr Linus Pauling est mort d’un cancer de la Prostate en 1994, sans que les Méga-doses de vitamine C qu’il avait ingéré depuis des années n’arrivent à l’arrêter.

L'efficacité mesurée mais limitée de la vitamine C contre le rhume

La consommation de vitamine C est souvent associée aux maladies hivernales.
On a longtemps pensé qu’une forte consommation permettait de réduire les symptômes plus rapidement.

Pourtant, en 2013, deux chercheurs ont publié une synthèse [1] qui conclut :

« L'ingestion régulière de vitamine C n'a eu aucun effet sur l'incidence du rhume dans la population ordinaire, d'après 29 comparaisons d'essais portant sur 11 306 participants. Cependant, une supplémentation régulière a eu un effet modeste mais constant sur la réduction de la durée des symptômes du rhume, d'après 31 comparaisons d'études portant sur 9745 épisodes de rhume ».

Cette réduction de la durée moyenne est de l’ordre de 10%. Cela correspond en pratique à un rhume qui durerait 10 jours au lieu de 11.

Méga-doses de vitamine C et cancer ?

D’autres recherches ont évidemment porté sur l’impact des suppléments de vitamine C sur la réduction des risques de cancer.

Mais les résultats des essais cliniques montrent que les suppléments de vitamine C (généralement pris avec d'autres nutriments tels que la vitamine E et le zinc) n'ont pas d’effet constaté.

Des conclusions similaires ont été obtenues lors de l’étude des possibles liens entre la vitamine C et la pneumonie.

Le Dr John Erdman, membre de la commission US d’évaluation des besoins journaliers en vitamines a ainsi conclu : "Beaucoup de gens ont essayé de donner des niveaux élevés d'un seul nutriment comme la vitamine C et d'étudier tous les cas, des maladies cardiovasculaires au cancer en passant par la cataracte, et la plupart de ces essais ont été très décevants".

Aujourd’hui, la théorie de l’utilité des méga-doses de vitamine C pour la prévention des cancers ne fait plus référence.
En revanche, parmi les effets positifs remarqués, à des dosages raisonnables on peut mentionner :

  • Des évaluations en cours pour la récupération post chimiothérapie (dont les études du Dr Moynihan).
  • Une amélioration de la microcirculation sanguine chez les fumeurs.
  • Les propriétés antioxydantes et anti-radicaux libres de la vitamine C pour limiter les mécanismes dégénératifs.

Les Méga-doses de vitamine C ne sont pas absorbées !

On sait aujourd’hui que les fortes doses unitaires de vitamine C sont inutiles.

Le processus d’absorption intestinale* de la vitamine C, est un mécanisme actif, qui nécessite de l’énergie et qui dépend de la disponibilité de Sodium. C’est un mécanisme saturable qui limite la capacité d’absorption de la vitamine C dans le sang.

Plus la dose est forte, moins elle est absorbée ! L’excédent non absorbé dans l’intestin est directement éliminé dans les selles.

A des doses de 100 mg et moins l’absorption intestinale est bonne et supérieure à 80%. Elle chute à moins de 20% pour des doses de 1000 mg. Cette limite naturelle d’absorption démontre l’inutilité des fortes doses unitaires (plus de 200 mg).

Cela est également confirmé par les mesures de concentration de la vitamine C dans le sang.
La concentration plasmatique maximale de l’ordre de 70 µmol de vitamine C/litre est obtenue avec des apports réguliers de 60 mg /jour. Des apports supérieurs n’augmentent pas significativement ce niveau.

Les doses plus élevées peuvent être utiles ponctuellement pour corriger un niveau très bas, mais l’excédent sanguin sera rapidement éliminé par la voie urinaire.

L’idéal reste des apports modérés mais quotidiens de vitamine C !

*une partie de la vitamine C peut être absorbée au niveau buccal / sublingual : cas des pastilles à sucer ou des sprays.

Les effets secondaires des fortes doses de vitamine C

Il existe des risques d’effets secondaires avec les doses massives de vitamine C.

L’acide ascorbique est très soluble dans l’eau. Cela explique pourquoi les quantités en excès sont facilement éliminées dans les urines et la quasi-absence d’effets négatifs des surdosages.

C’est aussi la raison pour laquelle les autorités Européennes (EFSA) n’ont pas statué clairement sur une DJM (Dose Journalière maximale) pour la vitamine C.

Cependant certains effets négatifs associés à la prise régulière de fortes doses demandent à être approfondis :

  • Le retournement des propriétés oxydatives : à dose modérée, la vitamine C est anti-oxydante et très utile pour la fixation sanguine du fer. A forte dose, elle génère des radicaux peroxyde et ascorbates très oxydants. C’est peut-être ce qui explique des observations de moindre résistance à l’effort de sportifs ayant pris des doses de 1000 mg de vitamine C [9].
  • Une incidence plus élevée de la cataracte ?
  • Lésions rénales chez les personnes sensibles : l’acide ascorbique en excès est décomposé en oxalate avant d’être éliminé dans les urines via les reins. Les fortes doses de vitamine C induisent de grandes quantités d’oxalate qui risquent de s’accumuler dans les reins et provoquer une néphropathie (des calculs rénaux).

C’est pourquoi, il n’est pas recommandé de dépasser une dose de 2 grammes par jour.

Quel est le dosage idéal pour la vitamine C ?

Les bienfaits de la vitamine C sont multiples :

  • Anti-âge : par la stimulation de la synthèse du collagène et l’effet anti oxydant,
  • Sur la microcirculation sanguine,
  • Sur la production d’énergie corporelle,
  • Sur la tonicité et le système immunitaire,

Ces bienfaits sont obtenus avec des doses quotidiennes, modérées de 60 à 120 mg.

Les Méga-doses de vitamine C ne sont pas utilisées par l’organisme et les espoirs suscités par les intuitions scientifiques des années 1970 n’ont jamais pu être confirmés depuis.

 

Bibliographie :

  1. https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD000980.pub4/fullVitamin C for preventing and treating the common cold"
  2. Aghdassi E, Royall D, Allard JP (1999). Oxidative stress in smokers supplemented with vitamin C. Int J Vit Nutr Res 69: 45-51.
  3. Cook JD, Watson SS, Simpson KM, Lipschitz DA, Skikne BS (1984). The effect of high ascorbic acid supplementation on body iron stores.
  4. Curhan GC, Willett WC, Speizer FE, Stampfer MJ (1999). Intakes of vitamins B6 and C and the risk of kidney stones in women. Am Soc Nephrol 10: 840-845.
  5. Valéry Rasplus (dir.), Sciences et pseudo-sciences. Regards des sciences humaines, Paris, Éditions Matériologiques, coll. « Sciences et philosophie », 2014, 178 p.
  6. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18210337/ Comparative Study “Concentrations of vitamin C, vitamin B12 and folic acid in patients treated with hemodialysis and on-line hemodiafiltration or hemofiltration
  7. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10527771/ “A single high dose of vitamin C counteracts the acute negative effect on microcirculation induced by smoking a cigarette “ J Zhang , X Ying
  8. Dosage de la vitamine C dans le sang- Haute autorité de santé 2018
  9. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37417662/ « Vitamin C Supplementation and Athletic Performance: A Review (2023)”Dylan R Rogers , Denis J Lawlor, James L Moeller
  10. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10017928/ “ Megadose Vitamin C Prescription Through Alternative Medicine Leading to End-Stage Renal Disease: Case Study and Literature Review (2023